Pachinian, Erdogan et Aliev déplorent la reconnaissance du Génocide par Israël

La reconnaissance du Génocide arménien par le cabinet des ministres israéliens, le 28 juin 2026, a suscité des réactions diverses. Voici quelques faits essentiels pour dissiper la confusion. 

Par Harut Sassounian

 

Après des décennies de déni et d’esquive, le gouvernement israélien a finalement publié une déclaration reconnaissant le Génocide arménien. Ce retard prolongé était honteux et immoral, en particulier pour un peuple lui-même victime d’un génocide. Pire encore, le gouvernement israélien a collaboré pendant des années avec la Turquie et sa politique négationniste en incitant d’importantes organisations juives américaines à bloquer les tentatives du Congrès américain de reconnaître le Génocide arménien. 

La raison pour laquelle Israël n’a pas reconnu le Génocide auparavant et pourquoi il le reconnaît maintenant, est évidente. Cela n’a rien à voir avec les faits du Génocide. Les pays fondent leurs décisions politiques sur leurs intérêts nationaux, et non sur des considérations émotionnelles ou morales. Condamner Israël pour avoir reconnu le Génocide arménien, c’est ignorer cette importante réalité politique. Israël ne l’a reconnu que lorsqu’il a estimé que cela servait ses intérêts, à l’instar de plus de 30 autres pays qui l’ont déjà reconnu. 

 Le malentendu suivant vient des Arméniens qui demandent : “ Qu’est-ce que la reconnaissance du Génocide arménien par des pays étrangers nous a apporté ? ”. Il est illusoire d’espérer que sa reconnaissance par un pays quelconque obligera la Turquie à le reconnaître, à indemniser les Arméniens pour leurs pertes et à leur restituer l’Arménie occidentale ! 

La reconnaissance du Génocide est un acte symbolique qui comporte plusieurs avantages plus concrets : 

1. Ce récit rappelle sans cesse au monde que l’horrible crime de génocide a été perpétré contre le peuple arménien. Plus d’un siècle après, il continue de hanter les négationnistes turcs. Partout où se rendent les dirigeants turcs à travers le monde, ils sont confrontés aux massacres de leurs ancêtres. 

2. Cela apporte un certain réconfort aux descendants des victimes en affirmant que leur tragédie n’a pas été oubliée. Le déni aggrave leur souffrance. 

 3. Cela répond à la question tristement célèbre d’Hitler : “ Qui, après tout, parle aujourd’hui de l’anéantissement des Arméniens ? ”. Cette croyance erronée d’Hitler fut l’une des raisons qui l’ont incité à planifier l’Holocauste. 

4. En n’oubliant pas le Génocide, les Arméniens entretiennent l’espoir qu’un jour, dans un avenir lointain, lorsque les circonstances géopolitiques de la région changeront, ils auront peut-être la chance de récupérer ce qu’ils ont perdu. 

5. Chaque fois qu’un pays reconnaît le Génocide arménien, des milliers d’articles paraissent dans les médias internationaux, révélant les crimes de masse commis par la Turquie. Le gouvernement turc a gaspillé des milliards de dollars au fil des ans pour tenter d’étouffer l’affaire, en vain. 

6. Quelles que soient les motivations d’Israël ou de tout autre pays à reconnaître le Génocide arménien, les Arméniens ne devraient considérer que leurs propres intérêts. 

7. Il est dans l’intérêt stratégique de l’Arménie de tirer profit de la détérioration des relations diplomatiques entre la Turquie, Israël et l’Azerbaïdjan. Le retour à Bakou, la semaine dernière, de l’ambassadeur d’Azerbaïdjan en Israël pourrait en être un signe. 

 Réactions de rejet ou de déni 

Passons maintenant à ceux qui ont réagi à la reconnaissance par Israël du Génocide arménien par le rejet ou le déni pur et simple. 

 

 Turquie : après 111 ans de déni, le gouvernement turc persiste à gaspiller son temps et ses ressources à nier l’évidence. Le ministère turc des Affaires étrangères a publié une déclaration évasive en réponse à la reconnaissance par Israël du Génocide arménien. Il a accusé Israël de commettre des atrocités à Gaza, ce qui n’absout en rien le gouvernement turc de ses propres massacres de millions d’Arméniens, d’Assyriens et de Grecs. De plus, le président Recep Tayyip Erdogan a réitéré un mensonge flagrant : “ En des milliers d’années d’histoire, il n’y a eu ni génocide, ni massacre, ni oppression, ni colonialisme ”. L’Empire ottoman et la République de Turquie existent depuis bien moins de mille ans, période durant laquelle ils ont perpétré massacres, oppression, colonialisme et de multiples génocides. 

Le président Erdogan prétend également, à tort, être le défenseur du peuple palestinien. Pendant des décennies, la Turquie a entretenu une solide alliance militaire avec Israël, lui a vendu des marchandises pour des milliards de dollars et a autorisé le transbordement de quantités massives de pétrole azerbaïdjanais vers Israël, contribuant ainsi à alimenter la guerre à Gaza qui a fait des dizaines de milliers de morts parmi les Palestiniens. 

 

 Azerbaïdjan : bien que l’Azerbaïdjan ait commis ses propres crimes de masse contre les Arméniens, il se rend aujourd’hui complice du Génocide arménien de 1915 en participant à son négationnisme. L’Azerbaïdjan n’est pas non plus un ami des Palestiniens. Il verse des milliards de dollars à Israël pour l’achat d’armes et est son principal fournisseur de pétrole. 

 Le ministère des Affaires étrangères azerbaïdjanais a publié la semaine dernière un communiqué exprimant sa “ vive préoccupation ” quant à la reconnaissance par Israël du Génocide arménien et exhortant le gouvernement israélien à reconsidérer sa décision. Le passage le plus absurde de ce communiqué de Bakou est le suivant : “ L’Azerbaïdjan demeure fermement attaché à la vérité historique, au respect des principes du droit international et à la promotion d’une paix et d’une stabilité durables dans la région ”. 

Il est honteux que le rabbin Shneur Segal, grand rabbin de la communauté juive ashkénaze d’Azerbaïdjan, ait écrit une lettre à la Knesset pour lui demander de ne pas reconnaître le Génocide arménien. Comment un homme de Dieu peut-il rejeter la vérité et s’opposer à sa reconnaissance ? Il est évident que le gouvernement azerbaïdjanais fait pression sur sa communauté juive locale pour qu’elle mène une propagande pro-azerbaïdjanaise et pro-turque. 

 Chypre du Nord : cette “ république ” de pacotille, reconnue uniquement par sa puissance occupante, la Turquie, n’a aucune légitimité pour s’exprimer sur quelque sujet que ce soit. Son déni infondé du Génocide arménien est uniquement motivé par son désir de plaire à ses maîtres d’Ankara. 

 

 Nikol Pachinian : malheureusement, le Premier ministre arménien a perdu toute crédibilité lorsqu’il s’agit d’exprimer une opinion sur le Génocide arménien. Ces dernières années, il a tenu des propos insultants à ce sujet, en semant le doute sur sa véracité. Interrogé sur sa reconnaissance par Israël, il a honteusement déclaré : “ Nous ne voyons pas la nécessité de répondre, car nous estimons qu’il est dans l’intérêt de la République d’Arménie de ne pas s’enliser dans la question de l’instrumentalisation du Génocide arménien ”. Il est profondément regrettable que le Premier ministre de la République d’Arménie tente d’apaiser ses ennemis jurés, l’Azerbaïdjan et la Turquie, en évitant d’aborder de manière constructive la reconnaissance du Génocide arménien par Israël. 

Il reste à voir si et quand la Knesset israélienne se saisira de la question de la reconnaissance du Génocide arménien et transformera la décision du Cabinet en une reconnaissance officielle de l’État par le biais d’une loi.


De Harut Sassounian  
The California Courier
www.TheCaliforniaCourrier.com
Editorial du 6 juillet 2026 

 


par Peniamin HAGI MANOUGIAN 20 septembre 2026
Depuis 2019, le Liban traverse une succession de crises qui ont profondément bouleversé son économie, ses institutions et la vie quotidienne de sa population. La communauté arménienne, l’une des plus anciennes et des mieux structurées du pays, n’a pas été épargnée. Crise bancaire, effondrement du pouvoir d’achat, et accélération de l’émigration ont fragilisé ses familles, ses écoles et ses institutions. Mais derrière l’érosion démographique se dessine une réalité plus complexe : la communauté arménienne du Liban ne disparaît pas, elle se transforme.
par Peniamin HAGI MANOUGIAN 20 septembre 2026
À Bourj Hammoud, le Centre socio-médical Araxi Boulghourdjian accueille chaque jour près de 200 personnes. Fondé en 1987 par le LHOK (l'équivalent de la Croix Bleue en France), il répond aujourd’hui à une demande croissante de soins et d’aide sociale, dans un pays où les crises successives ont profondément bouleversé l’accès aux services de santé.
par Tigrane YEGAVIAN 20 septembre 2026
À Beyrouth, dans le quartier de Hamra, un bâtiment à la devanture noble et discrète abrite l’une des dernières institutions à porter, seule ou presque, tout un pan de l’arménologie au Liban et au Moyen-Orient. Rencontre avec Antranig Dakessian, directeur du Centre d’études diasporiques de l’Université Haïgazian.
par Tigrane YEGAVIAN 20 septembre 2026
Au cinquième étage d’un immeuble de la rue Arménia, à Beyrouth, se cache l’une des collections les plus singulières de l’ensemble du monde arménien : la bibliothèque KOHAR. Fondée en 2012 par la famille Khatchadourian, elle conserve aujourd’hui plus de 2 500 recueils de chants, 500 dictionnaires et 3 600 supports sonores et audiovisuels, ce qui constitue un patrimoine musical et linguistique sans équivalent au sein de la Diaspora arménienne. Passionné de livres anciens, Garo Derounian, qui en assure la direction, est revenu sur l’histoire, la mission et les défis de cette institution, aussi méconnue qu’essentielle à la sauvegarde de l’arménien occidental et de la culture musicale arménienne.
par Tigrane YEGAVIAN 20 septembre 2026
Près d’un siècle après que le père Jean Mécérian eut fondé, en 1933, la première chaire d’études arméniennes de l’Université Saint-Joseph (USJ), l’arménologie revient s’installer dans les murs mêmes où elle est née.
par La Rédaction 20 septembre 2026
Le sommaire de notre numéro de Septembre 2026
par La Rédaction 20 septembre 2026
Notre éditorial du mois de septembre : Nous comptons sur Vous par Harout Mardirossian
par Zmrouthe AUBOZIAN 14 septembre 2026
Faire rayonner le jazz arménien entre la France et l’Arménie par Zmrouthe AUBOZIAN
par Mourad PAPAZIAN 19 août 2026
par Mourad Papazian Depuis la tribune du Parlement arménien, le député Arman Yeghoyan, député du Contrat Civil (le parti de Nikol Pashinyan) a demandé qui étaient Aram Hamparian (directeur du bureau de la cause arménienne à Washington), Kaspar Garabedian (directeur du bureau de la cause arménienne à Bruxelles et Mourad Papazian (co-President du CCAF et membre du Bureau Mondial de la FRA) et au nom de combien de personnes nous nous exprimions. Au cours de son propos, ce député a surtout tenté de dévaloriser la diaspora, de sous-estimer son utilité et a conclu en soutenant l’absurde thèse qu’une diaspora plus forte signifierait une Arménie plus faible. Notre personne n’est pas le sujet essentiel. Le véritable sujet est leur conception de la Nation arménienne, de son histoire et de son avenir. Nous n’avons jamais prétendu parler au nom de tous les Arméniens. Nous parlons au nom de nos convictions, des responsabilités qui nous ont été confiées et de plusieurs décennies d’engagement public au service de l’Arménie, de l’Artsakh et de la Cause arménienne. La légitimité ne se réduit pas au mandat électoral. Elle vient aussi du service, de la constance, de la capacité à rassembler et des résultats obtenus. Un gouvernement est temporaire. L’État est permanent. La Nation arménienne, elle, est plus vaste encore. UN SIÈCLE DE RÉSISTANCE ET DE RECONSTRUCTION La diaspora arménienne contemporaine n’est pas née d’un choix de confort. Elle est largement née du génocide, de l’exil, des déportations et de la destruction des communautés arméniennes de l’Empire ottoman. Après 1915, des survivants privés de leur terre, de leurs biens et souvent de leurs familles ont reconstruit une vie collective au Liban, en Syrie, en France, aux États-Unis, au Canada, en Argentine, en Uruguay, en Grèce, à Chypre, en Iran, en Égypte, en Australie et dans des dizaines d’autres pays. Ils ont bâti des églises, des écoles, des centres culturels, des maisons de la jeunesse, des journaux, des œuvres sociales et des organisations de bienfaisance. Ils ont transmis la langue arménienne, particulièrement l’arménien occidental aujourd’hui menacé, notre foi, notre culture, notre mémoire et le sentiment d’appartenance à une même Nation. Les Églises apostolique, catholique et évangélique arméniennes, le Saint-Siège d’Etchmiadzin comme le Catholicossat de la Grande Maison de Cilicie, l’Union générale arménienne de bienfaisance, la Fédération révolutionnaire arménienne Dachnaktsoutioun, Hamazkayin, Homenetmen, la Croix-Bleue et l’Armenian Relief Society, ainsi que des milliers d’écoles, d’associations culturelles, sportives, éducatives et caritatives ont empêché que la dispersion ne devienne disparition. Ces structures ne sont pas parfaites. Aucune institution humaine ne l’est. Mais nier leur rôle historique revient à effacer un siècle de résistance culturelle et nationale. Sans elles, une grande partie de la diaspora se serait dissoute dans l’assimilation. Sans elles, des millions de descendants de survivants n’auraient conservé ni langue, ni mémoire, ni lien vivant avec l’Arménie. LA DIPLOMATIE OFFICIEUSE DE LA NATION ARMÉNIENNE Durant la période soviétique, la République socialiste soviétique d’Arménie ne disposait pas d’une diplomatie souveraine capable de défendre librement les droits nationaux arméniens. Dans ce contexte, la FRA Dachnaktsoutioun et le réseau mondial des comités de défense de la Cause arménienne — les Hay Tad — ont assumé une véritable diplomatie officieuse. À Washington, Paris, Bruxelles, Ottawa, Londres, Buenos Aires, Beyrouth, Téhéran et dans de nombreuses autres capitales, ils ont porté la mémoire du génocide, les droits du peuple arménien et l’existence même de l’Arménie dans le débat public international. Depuis l’indépendance de 1991, ce travail ne s’est pas arrêté. Il s’est mis au service de la République d’Arménie, de sa sécurité, de son développement et de son rayonnement. La diaspora s’est mobilisée après le séisme de 1988, pendant les années de blocus, lors des différentes guerres, pour soutenir l’Artsakh, aider les réfugiés, financer des projets humanitaires, attirer des investissements et ouvrir aux représentants arméniens les portes des institutions politiques étrangères. S’opposer à la politique d’un gouvernement arménien n’a jamais signifié s’opposer à l’État arménien. Il arrive même que contester un gouvernement soit la meilleure manière de servir durablement l’État. DES RÉSULTATS INTERNATIONAUX INCONTESTABLES La reconnaissance internationale du génocide arménien n’est pas tombée du ciel. Elle est le résultat de décennies de travail mené par les survivants, leurs descendants, les historiens, les Églises et les organisations de la diaspora, parmi lesquelles les comités de la cause arménienne - Hay Tad ont joué un rôle déterminant. Selon le décompte international disponible en 2026, outre l’Arménie elle-même, la reconnaissance a été actée, sous des formes juridiques différentes — loi, résolution parlementaire ou décision gouvernementale — par trente-trois États : l’Argentine, l’Autriche, la Belgique, la Bolivie, le Brésil, le Canada, le Chili, Chypre, la République tchèque, le Danemark, la France, l’Allemagne, la Grèce, Israël, l’Italie, la Lettonie, le Liban, la Lituanie, le Luxembourg, le Mexique, les Pays-Bas, le Paraguay, la Pologne, le Portugal, la Russie, la Slovaquie, la Suède, la Suisse, la Syrie, le Saint-Siège, le Venezuela, les États-Unis et l’Uruguay. À l’échelle internationale, des textes, rapports ou déclarations formelles ont notamment été adoptés par le Parlement européen, la Sous-commission des Nations unies pour la prévention de la discrimination et la protection des minorités, la Commission des crimes de guerre des Nations unies, des membres de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, l’Organisation internationale de la Francophonie, le Conseil œcuménique des Églises, le Parlement du Mercosur, le Tribunal permanent des peuples et l’Association internationale des spécialistes du génocide. S’y ajoutent les travaux du Centre international pour la justice transitionnelle, de la Fondation Elie Wiesel, de la Ligue des droits de l’homme, de l’Union des congrégations hébraïques américaines, de l’Association des droits de l’homme de Turquie, du Parlement du Kurdistan en exil et d’autres autorités scientifiques et morales internationales. Voilà ce que produit une diaspora structurée : elle transforme une mémoire menacée d’effacement en une vérité reconnue internationalement. LA TURQUiE ET L’UNION EUROPÉENNE Nous avons également combattu l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne tant qu’Ankara persistait dans la négation du génocide, le blocus de l’Arménie, l’occupation de Chypre et la violation des principes fondamentaux sur lesquels repose le projet européen. Ce combat n’était pas dirigé contre le peuple turc. Il défendait la crédibilité de l’Europe et les valeurs de vérité, de justice, de démocratie et de respect des peuples. En 2005, le Parlement européen lui-même a considéré que la reconnaissance du génocide arménien devait constituer un préalable à l’adhésion de la Turquie. Cette position n’aurait jamais été obtenue sans le travail patient des organisations arméniennes d’Europe. L’AMITIÉ ENTRE LA FRANCE ET L’ARMÉNIE En France, les liens exceptionnels unissant nos deux pays ne sont pas apparus spontanément dans les communiqués diplomatiques. Ils ont été construits pendant des décennies par la communauté arménienne, ses institutions et ses militants, en coopération avec des responsables politiques français de toutes sensibilités. La loi française du 29 janvier 2001 reconnaissant publiquement le génocide arménien, l’instauration d’une journée nationale de commémoration le 24 avril, les résolutions parlementaires en faveur de l’Arménie et de l’Artsakh, les jumelages, les partenariats décentralisés, l’inscription du 24 Avril en tant que journée nationale du génocide arménien dans le calendrier officiel de la République française et la mobilisation constante des élus français sont le produit de ce travail. J’ai pris ma part dans ces combats, souvent en première ligne. J’ai contribué, avec beaucoup d’autres, à faire de l’amitié franco-arménienne une réalité politique et stratégique. Nous avons ouvert des portes à Paris, à l’Assemblée nationale, au Sénat, au Parlement européen et auprès des différentes présidences de la République. Mais c’est le travail de milliers de militants durants plusieurs décennies qu’il faut saluer. Ce n’est pas un travail personnel. MON EXPULSION ET MA VICTOIRE JUDICIAIRE C’est précisément parce que j’ai participé à ces combats et parce que j’ai refusé de me taire devant les choix de Nikol Pashinyan que, dans la nuit du 13 au 14 juillet 2022, le pouvoir arménien m’a interdit d’entrer dans ma propre patrie et m’a fait expulser de l’aéroport de Zvartnots. Le prétexte invoqué fut ma prétendue implication dans l’organisation d’une manifestation à Paris contre Nikol Pashinyan, le 1er juin 2021. Au cours de la procédure judiciaire, le Service national de sécurité arménien n’a même pas présenté ce prétexte devant le tribunal. Aucun fondement permettant de justifier la mesure prise contre moi n’a été présenté devant la justice. Après dix-huit mois de bataille judiciaire, le Tribunal administratif d’Erevan m’a donné raison, en janvier 2024, et a ordonné mon retrait du fichier des étrangers déclarés indésirables. Cette victoire a démontré qu’un gouvernement ne peut pas décider arbitrairement qu’un Arménien engagé devient indésirable dans la patrie de ses ancêtres simplement parce qu’il dérange le pouvoir en place. UNE DIASPORA LIBRE NE SERA JAMAIS UNE ADMINISTRATION DU GOUVERNEMENT Le pouvoir de Nikol Pashinyan tente aujourd’hui de contourner les structures historiques de la diaspora et de leur substituer des interlocuteurs et des « commissaires » qu’il choisit lui-même. L’État arménien a naturellement le droit d’organiser ses relations avec la diaspora. Il n’a pas le droit de décider qui représente des citoyens libres vivant dans des pays démocratiques. La diaspora n’est ni une circonscription électorale de Nikol Pashinyan ni une annexe administrative du gouvernement d’Erevan. On ne dialogue pas avec la diaspora en sélectionnant ceux qui approuvent le pouvoir et en excluant ceux qui le critiquent. Cela ne s’appelle pas un dialogue : cela s’appelle une tentative de mise au pas. Cette entreprise échouera. Les grandes institutions de la diaspora existaient avant le gouvernement actuel. Elles continueront d’exister après lui. Leur légitimité vient de leur histoire, de leurs membres et de leur action, non d’une nomination délivrée par un cabinet ministériel. UNE CONVERGENCE AVEC LES OBJECTIFS D’ANKARA ET DE BAKOU Ilham Aliyev a publiquement désigné le « lobby arménien » mondial comme l’ennemi numéro un de l’Azerbaïdjan. Recep Tayyip Erdoğan a lui-même accusé les diasporas arméniennes de France et des États-Unis d’entraver sa conception de la normalisation, en appelant le gouvernement arménien à neutraliser leur influence. Lorsqu’un pouvoir arménien attaque les organisations historiques de la diaspora, essaie de délégitimer les militants de la Cause arménienne et tente de substituer la docilité au pluralisme, il accomplit objectivement ce qu’Ankara et Bakou souhaitent depuis des décennies. Il n’est pas nécessaire d’imaginer une chaîne d’ordres secrets pour constater cette convergence. Le résultat politique est sous nos yeux : tenter d’affaiblir les structures qui défendent la mémoire du génocide, les droits de l’Artsakh et les intérêts de l’Arménie sert directement les stratégies d’Erdoğan et d’Aliyev. Le projet panturquiste ne craint pas une diaspora silencieuse, divisée et désorganisée. Il craint une diaspora consciente, structurée, influente et capable d’agir dans les grandes démocraties. UNE DIASPORA FORTE NE SE CONSTRUIT PAS EN VIDANT L’ARMÉNIE Le raisonnement du régime de Pashinyan repose sur une erreur fondamentale : il confond puissance démographique et puissance politique. Une diaspora ne devient pas forte uniquement parce que de nouveaux Arméniens quittent l’Arménie. Elle devient forte lorsqu’elle organise les communautés déjà existantes, transmet la langue aux nouvelles générations, forme des responsables politiques, des chercheurs, des journalistes, des juristes et des entrepreneurs, crée des réseaux d’expertise et mobilise ses capacités économiques et diplomatiques. Aucune de ces actions ne retire un seul habitant à l’Arménie. Nous pouvons vouloir simultanément davantage d’Arméniens vivant en Arménie, davantage de rapatriement et une diaspora plus organisée et plus influente. Ces objectifs ne sont pas contradictoires. Ils sont complémentaires. L’Arménie et la diaspora ne sont pas deux vases communicants dont l’un devrait se vider pour que l’autre se remplisse. Elles sont les deux dimensions d’une même Nation. L’Arménie est l’État souverain de ses citoyens. Mais elle est aussi la patrie de toute la Nation arménienne. NOUS N’OUBLIERONS NI l’ARTSAKH NI LES OTAGES DE BAKOU Cette Nation n’oubliera jamais l’Artsakh, les 120 000 Arméniens contraints à l’exode en 2023, leur droit de vivre en sécurité sur leur terre, ni le patrimoine culturel et religieux arménien aujourd’hui menacé. Elle n’oubliera pas davantage les anciens dirigeants de l’Artsakh, les militaires, les civils et les autres prisonniers arméniens toujours détenus dans les prisons de Bakou. Leur libération immédiate et inconditionnelle devrait être une exigence centrale, publique et non négociable de toute discussion avec l’Azerbaïdjan. Il est insupportable que le pouvoir de Nikol Pashinyan ne place pas cette question au cœur des négociations. Une paix construite sur l’abandon des prisonniers, l’effacement de l’Artsakh et le silence imposé à la diaspora ne serait ni juste ni durable. LES GOUVERNEMENTS PASSENT, LA NATION DEMEURE Monsieur Yeghoyan, votre mandat et celui de vos collègues est temporaire. La Nation arménienne est permanente. Vous demandez qui est Mourad Papazian. Je suis un Arménien parmi des millions d’autres, héritier d’une histoire que personne ne pourra abolir, engagé au service d’une patrie que personne ne pourra me confisquer. Je ne demande pas au gouvernement de Nikol Pashinyan la permission d’être Arménien. Je ne lui demande pas davantage l’autorisation de défendre l’Arménie, l’Artsakh, les prisonniers de Bakou ou la vérité historique du génocide. Nous poursuivrons notre combat pour l’indépendance, la souveraineté et la sécurité de la République d’Arménie. Nous continuerons à défendre son peuple, son patrimoine et ses intérêts dans tous les pays où nous sommes présents. Une diaspora forte n’est pas une menace pour l’Arménie. Elle est une profondeur stratégique, une force diplomatique, culturelle, économique et politique indispensable. Affaiblir la diaspora, c’est affaiblir l’Arménie. Les dresser l’une contre l’autre, c’est servir le projet de ceux qui veulent réduire la Nation arménienne au silence. À cette entreprise, nous opposerons notre mémoire, notre unité et notre détermination. Les gouvernements passent. L’Arménie et la Nation arménienne demeurent.
par ANNIE ARSLAN 10 juillet 2026
Un très joli parcours déjà pour cette chanteuse guitariste pop folk à la voix singulière, qui allie modernité et accents orientaux inspirés de ses racines. Les grands de la chanson française croient en elle et lui offrent leurs scènes.